La soupe à la fourchette

Dans ce roman, Jean Anglade nous fait vivre à la ferme, en Auvergne, depuis les années 40 jusqu'à la fin des années 60. Ici, un extrait synthétisant cette vie au début des années 60 pour Adrien Rouffiat, un des protagonistes du roman.

Jérémie

1/2/20261 min read

Extrait du roman (proche de la fin mais ce n'est pas la fin, désolé pour le spoiler)

"Il faut dire que, poursuivant la politique progressiste de son père, il s’est modernisé de fond en comble. Il possède un tracteur ; un pick-up, c’est-à-dire un ramasseur de foin ; un tank, autrement dit un réservoir à lait frigorifique ; un évacuateur de fumier ; une fosse à lisier. Il songe à se munir d’un ordinateur. Les vaches modernes sont pourvues, sous le menton, non pas d’une cloche comme jadis, mais d’un relais électronique qui, au moment des repas, leur envoie une décharge dans la corniolle.

Dociles, elles se dirigent vers leur mangeoire où elles trouvent un mélange de fourrage, de tourteaux, de farines, d’oligo-éléments, de vitamines, de phosphates. Chaque bête a son propre menu en fonction de sa race, de son poids, de son âge, de sa lactation, de sa date de vêlage. Le temps n’est plus où des enfants — mettons Drien et Zéna — menaient les vaches à la pâture, unique et variée, offerte à toutes sous la garde de la chienne Tobie. Il ne faut pas traiter les vaches du XXIᵉ siècle comme celles du Moyen Âge ! Tout se transforme. Il existe de nouveaux paysans, comme il existe de nouveaux philosophes, de nouveaux cuisiniers, de nouveaux curés."


Jean Anglade, La soupe à la fourchette, 1994